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Les apports
nutritionnels conseillés pour la population française (ANC)
sont des références d'apport en énergie, protéines,
acides gras essentiels, vitamines et minéraux. Dans le cadre de
leur récente redéfinition par l'AFSSA, il nous a été
demandé d'estimer le prix minimum d'une ration équilibrée
respectant l'ensemble de ces recommandations nutritionnelles. Si l'on
en juge l'éditorial de La Cuisine Collective du mois de mars, cette
estimation, qui n'avait jamais été réalisée
auparavant, risque de mener à des malentendus.
Pour que les chiffres que nous citons dans le chapitre "Equilibre nutritionnel
et précarité socio-économique" de cette troisième
édition des ANC (Editions Tec&Doc, 2001) soient utilisés
à bon escient, il nous a paru important d'apporter quelques éclaircissements
sur la façon dont nous avons estimé le prix d'une ration
équilibrée.
Deux approches
Pour effectuer ce calcul, deux approches ont été
utilisées : bien que toutes deux basées sur la même
méthodologie (optimisation par programmation linéaire),
elles abordent le problème du coût de l'équilibre
alimentaire sous des angles radicalement différents. La première
consiste à estimer le coût d'une ration respectant l'ensemble
des ANC en s'écartant le moins possible de la consommation réelle
des Français. Par cette approche, on aboutit au chiffre de 30 FF
par jour et par adulte pour couvrir les ANC avec un respect maximal des
habitudes alimentaires. La seconde approche consiste à chercher
la combinaison d'aliments couvrant les ANC à moindre coût
sans se soucier de respecter les habitudes alimentaires. On aboutit alors
au chiffre incompressible de 18 FF par jour pour une ration équilibrée.
Ce chiffre de 18 FF est parfaitement théorique puisque c'est le
prix d'une ration ne respectant pas les habitudes alimentaires, connues
justement pour être particulièrement résistantes aux
changements.
Il serait déraisonnable de considérer les prix que nous
avons indiqués dans le livre de l'AFSSA comme étant fixes
et sans appel. Il est plus important de retenir du texte qu'il existe
plusieurs méthodes permettant de chiffrer le coût d'une ration
équilibrée, et que les résultats obtenus dépendent
fortement du niveau de respect des habitudes de consommation alimentaire.
Schématiquement, il existe un compromis à trouver entre
respect des habitudes alimentaires, respect des recommandations nutritionnelles
et coûts. La première méthode privilégie le
compromis habitudes et recommandations, sans chercher à minimiser
le prix et la deuxième méthode consiste à minimiser
le prix en respectant les recommandations nutritionnelles sans tenir compte
des habitudes nutritionnelles.
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Respecter les habitudes
Quelle méthode devrait servir
de base pour estimer le prix d'une ration équilibrée dans
le cadre de la restauration collective ? Sans aucun doute la première
respectant au maximum les habitudes de consommation alimentaire. Il est
important, en effet, que les repas proposés se rapprochent le plus
possible des habitudes des Français en y apportant, avec l'aide
de diététiciens, le minimum de correction nécessaire
pour se conformer aux recommandations nutritionnelles actuelles. Il est
clair que c'est en respectant au mieux ces habitudes que l'on aura le
plus de chance de voir suivies les recommandations nutritionnelles. A
titre d'exemple, la recommandation actuelle mettant l'accent sur une consommation
plus importante de fruits et de légumes ne sera bien évidemment
suivie que si les professionnels de la restauration collective offrent
dans leurs menus des fruits et légumes qui plaisent, et non pas
systématiquement ceux qui sont les moins chers.
Le chiffre de 30 FF, bien que calculé par la méthode de
minimisation des habitudes, ne peut cependant pas être appliqué
tel quel à la restauration collective. Il a en effet été
obtenu dans un contexte très différent. Notamment, les prix
avaient été relevés en grande surface et le prix
de l'aliment le moins cher de sa catégorie avait été
systématiquement retenu pour les calculs (par exemple prix du foie
de volaille pour l'aliment "foie"). Pour estimer de façon raisonnable
le prix d'un repas de bonne qualité nutritionnelle en collectivité,
il serait donc souhaitable que la méthode soit reprise, en l'adaptant
aux contraintes spécifiques à la restauration collective.
Il faudrait pour cela disposer de données détaillées
sur les produits utilisés dans ce secteur : composition nutritionnelle,
prix, taille des portions... En ce qui concerne les contraintes nutritionnelles,
il faudrait de plus veiller à ce que les rations optimisées
respectent non seulement les ANC, mais aussi bien sûr la recommandation
officielle du GPEM/DA du 19 Mars 1999.
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L'équilibre à portée
de porte-monnaie
Quelle utilisation alors faire des prix de 30 FF et 18 FF du chapitre
"Equilibre nutritionnel et précarité socio-économique"
du livre de l'AFSSA ? Rappelons d'abord que les Français consacrent
en moyenne 40 FF par jour à leur alimentation (chiffre tiré
de l'enquête INSEE Budget des Ménages en 1995). La couverture
des ANC avec respect maximal des habitudes ayant été chiffrée
à 30 FF par jour, une première conclusion s'impose : l'équilibre
est à portée de porte-monnaie pour le "Français moyen".
Rappelons ensuite que des millions de Français vivent en situation
de précarité financière et n'ont pas 30 FF par jour
à consacrer à leur alimentation. Selon une enquête
récente, la dépense alimentaire moyenne par individu oscille
entre 15 et 20 FF par jour dans les familles défavorisées
(Alimentation et Précarité, n¡ 10, Juillet 2000, p 5). Une
seconde conclusion s'impose alors : à l'heure actuelle, le respect
des ANC est un luxe pour les pauvres en France. Dans ce contexte, le chiffre
de 18 FF par jour (respect des ANC sans respect des habitudes) est essentiellement
destiné à servir de repère aux associations venant
en aide aux personnes en situation de précarité, leur signalant
une limite à ne surtout pas franchir même quand les contraintes
de coût sont extrêmes. Ce chiffre ne doit en aucun cas être
utilisé pour établir des normes de prix pour la restauration
collective. Le texte de l'AFSSA souligne bien, d'ailleurs, que ce chiffre
doit être manié avec prudence, rappelant que recommander
des aliments particuliers, rarement consommés par le reste de la
population, peut être un conseil difficile à suivre et représenter
en soi un facteur d'exclusion.
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