|
Après
une étude sur la population des "seniors", l'Observatoire
Sodexho vient de publier une seconde étude sur le comportement
alimentaire des 5-17 ans. Cette tranche d'âge a été
observée par Sodexho dans onze pays du monde (dont la France) à
partir de sources documentaires et statistiques venant d'organismes internationaux
comme l'Organisation Mondiale de la Santé, l'Organisation de Coopération
et de Développement Economique ou la Commission Européenne.
Les résultats montrent plusieurs tendances de fond.
Des
comportements individuels
Premièrement, l'Observatoire Sodexho souligne le fait que les 5-17
ans sont de plus en plus nombreux à vouloir manger ce qu'ils veulent.
Cette individualisation des comportements alimentaires existait déjà
en 1960 mais dans une moindre mesure. Les enfants étaient en effet
à cette époque 24 % à réclamer cette liberté
: aujourd'hui ils sont près de 90 % à le faire. Dans tous
les pays du monde, cette tendance se retrouve. Non seulement les enfants
veulent manger ce qu'ils veulent mais ils veulent le faire dans des conditions
qu'ils ont également choisies. Cette tendance est plus marquée
chez les adolescents, notamment entre 15 et 17 ans, aux Etats-Unis et
au Canada plutôt que dans les pays latins où l'influence
de la famille reste importante. La France, dans ce tableau, fait partie
d'une moyenne avec la plupart des pays européens : 64 % des comportements
alimentaires des 5-17 ans sont individualisés. Enfin, traduction
de cette tendance en restauration scolaire, près de 70 % des enfants
français estiment que leurs choix alimentaires y sont bien respectés.
Des
différences par sexe
Selon l'étude de l'Observatoire Sodexho, cette individualisation
du comportement alimentaire des 5-17 ans se concrétise par des
choix marqués en fonction du sexe. Ainsi, tendance bien plus importante
chez les enfants que chez les adultes, ils sont aujourd'hui 66 % à
souhaiter manger différemment selon qu'ils sont garçons
ou filles. Si l'on prend la restauration scolaire et universitaire, ce
taux atteint même près de 70 % des comportements. Cette observation
permet aujourd'hui à Sodexho d'évoquer une "sexualisation"
des comportements alimentaires dans ce type de restauration collective,
et cela au niveau des 11 pays étudiés, bien qu'il y ait
des nuances entre eux. "Pour la première fois, cette recherche
présente des données comparatives à l'échelle
de 11 pays sur les comportements alimentaires. Elle montre la différentiation
des représentations et des modèles alimentaires selon les
sexes : la pression de l'esthétique corporelle et l'impact du discours
nutritionnel sur les filles, et l'importance du goût et des rituels
pour les garçons", explique Jean-Pierre Poulain, maître
de conférences à l'université de Toulouse Le Mirail.
|

Part du budget
consacrée à l'alimentation hors domicile en 2000
|

Répartition
du temps consacré quotidiennement aux 3 repas principaux
en 2000
|

Nombre de
calories consommées quotidiennement en 2000 selon les pays
|

Nombre de composants
constituant les repas en 2000 des garçons et des filles par
tranche d'âge
|
Calories
chez les garçons
Cette idée de sexualisation a été analysée
par l'Observatoire Sodexho au travers de six critères. Premier
d'entre eux, le budget réservé à l'alimentation.
Dans les 11 pays étudiés, si les enfants et les jeunes dépensent
en moyenne 15,7 % de leur budget alimentaire hors domicile (contre 5,3
% en 1960), ce budget est trois fois plus important chez les garçons
que chez les filles. Si l'on regarde maintenant le temps consacré
aux repas, des différences apparaissent également. En effet,
pour les trois repas de la journée, les filles consacrent en moyenne
25 % de temps en moins que les garçons. Les garçons consacrent
62 % de temps en plus au déjeuner et dîner. Mais au petit-déjeuner,
la situation s'inverse, puisque les filles y passent 50 % de temps en
plus que leurs semblables du sexe masculin. Un autre critère de
différentiation concerne les calories. Dans l'ensemble des pays
étudiés, le constat est que le nombre de calories consommées
quotidiennement par les enfants diminue régulièrement depuis
quarante ans. Mais cette tendance s'accompagne d'un écart de consommation
calorique entre les garçons et les filles : en 2000, les premiers
ont absorbé en moyenne quotidiennement 55,8 % de calories en plus
que les filles.
Pourcentage
d'enfants affirmant :
"Je mange avant tout ce que je veux"
|
|
Sous-alimentation
volontaire
"En terme de physiologie, une différenciation des
besoins entre les filles et les garçons intervient au moment de
la puberté. Donc, certes, les garçons mangent plus que les
filles, et ceci est vrai partout dans le monde, mais c'est avant tout
parce que leurs besoins sont supérieurs à ceux des filles.
Ce qui semble plus inquiétant, c'est la stagnation des consommations
des filles entre 10 et 17 ans, alors que leurs besoins augmentent",
affirme Brigitte Boucher, médecin nutritionniste. 73 % des filles
de 10 à 17 ans déclarent en effet avoir suivi un régime
dans les douze derniers mois. Cette sous-alimentation volontaire est à
opposer à la situation des garçons. Ces derniers ont de
plus en plus tendance à présenter des surcharges pondérales,
c'est-à-dire 20 % de matière en plus par rapport au poids
idéal. Selon l'OMS, ce phénomène a augmenté,
durant les dix dernières années, de 60 % aux Etats-Unis,
de 43 % au Royaume-Uni et de 28 % en France.
Nombre
de composants
Le quatrième critère analysé par l'Observatoire
Sodexho concerne le nombre de composants dans les repas. La baisse du
temps consacré aux repas et du nombre de calories absorbées
par les enfants et les jeunes, a logiquement entraîné une
baisse du nombre de composants. Alors que le nombre moyen de composants
(entrée, plat, dessert, boisson) s'élève à
2,4 chez les jeunes et les enfants (contre 3,2 chez les adultes), la structure
est là aussi, à l'image des autres critères de différenciation,
fortement sexualisée. Les repas des garçons sont constitués
en moyenne de 3,3 composants alors que celui des filles comporte 2,1 éléments.
A l'âge de 17 ans, cet écart est à son paroxysme puisque
le nombre de composants d'un repas peut être deux fois plus élevé
chez les garçons que chez les filles. Le cinquième point
étudié a trait à l'intérêt de l'alimentation.
Les filles privilégient le plaisir gustatif associé à
la nécessité physiologique, deux fonctions du repas nécessaires
et étroitement liés pour elles. En revanche, le rituel social
ne suscite pas beaucoup d'intérêt de leur part, elles préfèrent
savourer la liberté du repas. Cette appréciation est à
l'opposé de celle des garçons. En effet, ces derniers estiment
que le plaisir gustatif est très lié au rituel social, à
savoir le plaisir de manger ensemble des bonnes choses.
Sixième et dernier critère, les types d'aliments consommés.
Dans tous les pays étudiés, les filles et les garçons
partagent de moins en moins les mêmes aliments. Les filles mangent,
en moyenne, deux fois plus de fruits, de légumes et de laitages
que les garçons. Ces derniers consomment trois plus de viande et
de féculents que les filles. Enfin, les garçons consomment
trois fois plus de sandwichs, quatre fois plus de pizzas et cinq fois
plus de plats cuisinés que les filles. Toutes ces différences
ont ainsi amené les auteurs de l'étude à identifier
deux modèles alimentaires bien distincts : un pour les garçons
et un pour les filles. Le principe d'égalité entre les hommes
et les femmes serait-il en train d'évoluer ?
|